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Réponses aux abonnés d'une liste de discussion en ligne
(Mauvais Genres)
par Philippe Curval
2003.


Olivier Noël : Dans votre préface à l'anthologie de Richard Comballot, Les Enfants du mirage (éd. Naturellement, 2002), vous brossez un portrait plutôt salé - mais sans doute lucide - de l'édition SF en France dans les années quatre-vingt. Parlant des membres du groupe Limite (dont faisaient partie Barbéri, Berthelot, Jouanne, Volodine.), vous écrivez, non sans admiration, qu'ils n'avaient d'autre désir que "d'attaquer le ghetto de cette littérature au lance-roquettes afin de préparer l'invasion du dehors. Ils cherchent à briser le carcan d'un genre enfermé dans ses tares et ses tics, victime d'un folklore kitsch, encadré par des gourous fondamentalistes". Et vous fûtes "immédiatement séduit par cette tentative". D'une certaine manière, ne dites-vous pas, non sans précaution, que la véritable science-fiction (ou fiction spéculative) ne se trouve plus tout à fait dans son cercle officiel, mais bien plutôt dans ses marges (outre les auteurs cités, je pense à des écrivains comme James G. Ballard, Philippe Vasset, Christophe Claro ou Fabrice Colin), à l'instar des "littératures des poubelles" qu'évoque Volodine dans Lisbonne, dernière marge (éd. de Minuit, 1990) ?

Philippe Curval : La réponse est ambivalente, car je fais partie de ce "cercle officiel", de naissance, si je puis dire. En effet, j'ai contribué à introduire et développer en France une littérature tout à fait nouvelle qui ressemble à la science-fiction comme deux gouttes d'eau. J'apprécie le space opera, le roman d'évasion, la S.F. sociologique, ethnologique, poétique, tous les genres du genre, même dans une forme rudimentaire si l'auteur a quelque chose à dire, une idée à exposer, bref s'il parvient à sortir de l'ornière imposée par la littérature ordinaire de la fin du siècle dernier. En ce sens, je développe le sentiment qu'écrire de la S.F. est un acte nécessaire, quels qu'en soient les résultats.

Toutes querelles d'écoles confondues.

Par contre, il est certain que la science-fiction a évolué depuis 1929 et que, déjà en 1955, la science-fiction que nous écrivions en France n'avait qu'un rapport lointain avec celle de Campbell et de Gernsback, ce qui n'a fait qu'évoluer depuis. Il était donc naturel que j'accompagne ce mouvement irrépressible par mes propres écrits, et en soutenant par la critique les jeunes générations en train de se constituer. Limite ne se voulait pas rupture mais évolution. Il posait en effet la question du style, souvent négligée par les meilleurs écrivains. Volodine, qui en faisait partie, a jeté ses orties par-dessus les moulins en reniant le travail accompli par ses compagnons de route, ainsi qu'Elisabeth Gille qui soutenait sans condition les écrivains de ce mouvement. Je ne partage pas ces reniements. La littérature de poubelle n'est écrite que par les clochards célestes que nous avons tous en mémoire, mais qui n'écrivaient pas de la science-fiction, bien au contraire. Ce qui n'est pas son cas, malgré tous ses dénigrements. Car, s'il est impératif de ne pas s'endormir sur le passé, il est dommage d'y revenir par des moyens détournés en voulant s'intégrer à la "grande" littérature. Voir Ballard qui malgré quelques piques ici et là, s'exprime toujours à travers ce qui a fondé son écriture (son dernier roman Millenium par exemple) : une volonté de tracer les images du futur qui fait de lui un auteur incomparable. Fabrice Colin hésite, mais son dernier roman, Sayonara baby me semble explicite, même s'il refuse viscéralement d'appartenir à la science-fiction. Après tout, ceci n'est souvent qu'une affaire de mots. Les mots d'auteurs sont amusants, mais je préfère leur œuvre. Quand celles-ci appartiennent au genre de près ou de loin. Et ceci n'est pas difficile à définir. Il suffit de confier son manuscrit à un éditeur pour le publier dans une collection "normale", il vous le refusera à quatre-vingt-dix-neuf pour cent, si c'est de la S.F..

(…)