01 - Colette Fayard
   02 - Dominique Douay
   03 - Noé Gaillard
   04 - Denis Guiot
   05 - Denis Guiot (2)

   06 - Alain Garguir
   07 - Dominique Warfa
   07 - Philippe Curval

 

 

 
   
 
 
   

Guioteries
par Alain Garguir
Remparts n°3 - mai 1988.


Je ne pense pas que Jouanne renferme - ou ne renferme pas ! - un vide intérieur. Je n'imagine pas non plus Évrard frappé d'impuissance littéraire. Vernay, Berthelot, pratiquer l'hermétisme ? Où sont donc ces horreurs, ces dégoulinances, cette provocation médiatique qu'a aperçues l'Humeuriste ? Ou alors, aurait-il oublié d'éteindre son Mac (1) avant d'aller se coucher ? Quant à moi, je dois avoir besoin de changer de lunettes, car de-ci de-là j'ai bien cru apercevoir quelques bribes d'histoires, j'ai parfois eu l'illusion de comprendre ce que je lisais, et si je n'avais pas peur de recevoir quelques tomates, je me risquerais presque à dire que j'ai aimé la plus grande partie de ce que j'ai lu (2).
Je crois en fait qu'il faudrait peut-être lire. Mais vous connaissez les humeuristes (j'en suis un à mes heures, de moins en moins d'ailleurs, car je me fais claquer le bec fort à propos à chaque dérapage et je n'ose plus sortir d'une semaine), ils ont tellement de boulot qu'ils n'ont pas le temps. On survole, déployant ses vastes ailes, et on prend quelques repères sur le paysage : tiens, un Jouanne sur fond d'hibiscus, deux coups de serre ; un Vernay se camouflant dans un parterre de roses rouges mérite le coup de bec ; un Volodine, un Barbéri, mais c'est une coalition! C'est un groupe, c'est une bande ! Alors là, ils ont franchi la Limite. Tant qu'ils restaient chacun dans leur coin - bon une petite beuverie en commun, d'accord, c'est toléré -, ça pouvait aller. Mais là, alerte rouge, Jacques Chambon est pressé (3), Denoël en danger (4), le paradigme vacille, et le lecteur, alors, dans tout ça ?
Le lecteur connaît Présence du Futur. Il sait qu'il a fort peu de chances de découvrir dans la collection des textes faciles, sauf quand la couverture affiche le nom d'Asimov (ce qui n'a pas été toujours vrai, ingrat !). La quatrième de couverture est également là pour l'éclairer sur ce qu'il peut trouver à l'intérieur. Etant donné le prix, normal pour une collection qui publie des inédits, des textes difficiles, et donc tire relativement peu d'exemplaires, ledit lecteur ira même probablement jeter un coup d'oeil à l'intérieur pour se conforter l'opinion, comme on ne dit pas.

Et s'il achète après ces précautions élémentaires, c'est qu'il a envie de lire ce genre de textes, certes à la Limite de la SF, parfois - plus rarement qu'on croirait - pas SF du tout, mais baste on sait bien qu'il n'existe pas une seule SF, la bête est protéiforme, certains n'aiment que Van Vogt ou Jimmy Guieu, sont-ce eux les chantres du nouveau paradigme ? D'autres, j'en connais, ne jurent que par Dick et Ballard et, en général, ne lisent pas que de la SF, d 'autres encore, Malgré le monde cloisonnant et les coqs de clocher, lisent aussi bien Benford que Jeury, Gibson que Douay, certains même vont jusqu'à aimer Shepard el Roberts tout en publiant du Niven ! Gonflés les mecs !
Malheureusement, il existe aussi une catégorie de lecteurs (?) qui ne peuvent pas franchir la Limite des cloisonnements entre SF-beurk, SF-A, SF-B, SF-presque-pas, Presque-pas-SF, Quasiment-pas-SF, et textes-qui-bien-que-publiés-dans-une-collection-qui-porte-le-
nom-de-Présence-du-Futur-disent : "assez-des-étiquettes" comme le clame Gaillard, et qu'apprécieront pas mal de gens, car en définitive, bien que Guiot pense que l'on ignore ici le lecteur, celui-ci existe, et lui, au moins, lit.
Tiens, à propos de Niven, on pourrait raconter n'importe quoi sur les défauts des Conquérants (5), qu'il y a des coquilles - il y en a -, des erreurs typo - il y en a -, et bien d'autres horreurs qui doivent être là, mais il aurait fallu lire pour le moins le texte original, les premières traductions chez Opta, et la traduction entièrement remaniée par Hervé Gadras pour Andromède (et que j'ai surveillée de près, vous me connaissez, maniaque comme pas un, fais jamais confiance à personne !) pour oser prétendre dans L'Étudiant que cette dernière "n'est pas à la hauteur". Mais c'est bien ça le problème, le même : pour juger il faut lire ! (6)


(1) A mon sens le petit surnom affectueux (gamin, va, il a un coeur d'or, vous savez) employé par Denis est un peu long à l'usage courant, la familiarité ne doit pas nous dispenser du pratique, mais bien sûr chez soi chacun fait comme il veut...
(2) Je l'ai pas dit hein, c'est pour dire, quoi, une expression si on veut en quelque sorte
(3) Soumis à pressions
(4) il paraîtrait même, d'après des informations venues du Sud, que la cabale serait venue de quelqu'un passé chez Flammarion, un sabotage. C'est sûr !
(5) Contes de l'univers connu, volume 1. Larry NIVEN, co-édition Corps 9-Andromède-Maison de la fiction, ceci étant une information pour les ceusses qui savent même pas que c'est paru, et une pub pour tout le monde (65 F couverture quadri de Sanahujas, traduction entièrement refaite, et... m... j'ai plus de place!)
(6) Ça va d'ailleurs sûrement s'améliorer bientôt puisque, de source parisienne, et conséquemment bien informée, Denis Guiot est désormais lecteur chez Denoël. Ouf pour la sauvegarde du paradigme !