01 - Colette Fayard
   02 - Dominique Douay
   03 - Noé Gaillard
   04 - Denis Guiot
   05 - Denis Guiot (2)

   06 - Alain Garguir
   07 - Dominique Warfa
   07 - Philippe Curval

 

 

 
   
 
 
   

J'aurais préféré...
par Colette Fayard
Remparts n°3 - mai 1988.


J'aurais préféré discuter de vive voix avec Denis Guiot, mais je ne veux pas laisser sans réponse son billet de Remparts. Voici donc, non l'analyse que Malgré le monde mériterait et qui me demanderait un temps dont je ne dispose pas pour l'instant, mais seulement quelques souvenirs, remontant à décembre, de sa lecture. (de tout cela, bien sûr, j'aurais aimé discuter avec les amis de Remparts en juillet prochain, mais je ne serai pas alors disponible. Peut-être quelques-uns auront-ils le temps et l'envie de m'écrire ?)
Dès le premier texte (pas la préface, que je n'aime guère), j'ai été emportée par une émotion à la fois forte et retenue, des images fondamentales, propres, m'a-t-il semblé, à toucher chaque lecteur non prévenu, par les angoisses, désirs, amours, déchirements qu'elles éveillent ou réveillent, mais aussi (et indissociablement) par la jouissance d'une forme tellement adéquate, et non gratuite.
Puis tout de suite, la surprise (le cadeau) de l'intertexte (on aurait dû l'attendre, pourtant, car après tout, ces auteurs-là, pour signer collectivement, ils avaient bien une vraie raison !) du père Égée au roi Marc la même voile, blanche ou noire, la même incertitude, nos labyrinthes et nos monstres, le vacillement tellement actuel de nos catégories, et le théâtre de nos doubles. D'un texte à l'autre, nous sommes toujours "entre" quelque chose, d'une chose à l'autre, dans le texte et dans son contexte ; l'intertexte est tissé fortement par l'ordre même du recueil, mais fortuitement au puisque sans concession d'une personnalité à l'autre, sans harmonisation artificielle ni mimétisme : chaque parole, puissante, joue son rôle dans la phrase, je veux dire le livre ; et j'avoue que, par ce plaisir, je n'ai pas d'abord été tentée par la devinette des attributions !
Que, d'une manière ou d'une autre, chaque nouvelle touche l'essentiel de l'acte d'écrire, de l'être-auteur, le dernier texte le dit à l'évidence, de façon poignante. Mais le parcours n'est pour autant monochrome (est-ce Toucouleur qui me dicte l'image?) : nulle complaisance nihiliste ni déploration ! L'humour saignant, coupant, la dérision vitale, qu'elle soit excessive ou légère, éclatent partout, sans tuer la tendresse mais dérangeant les attentes... (Tiens, à propos d'attente, il n'y a pas d'histoires là-dedans ? Quoi donc, sinon la nôtre ? Et non désincarnée mais bel et bien inscrite dans de touchantes, ou drôles, ou grinçantes fictions - Ça dit, et aussi... ça raconte ! Mais je reprends le singulier de la première personne, consciente de l'irréductibilité de certaines lectures.)
Que, le livre depuis longtemps refermé, tant de "tons" divers dansent encore en moi dit la réussite d'une rencontre : ce "collectif" qui a écrit ce livre-là.
Je ne faisais pas alors partie de Limite. Je rêve maintenant d'autres travaux, à faire ensemble !
Je n'espère pas avoir "démontré", mais je souhaite avoir fait sentir mon émotion de lectrice, loin de la prétendue froideur d'une école formaliste. Malgré le monde a la profondeur et l'éclat du noir, nullement non-couleur mais désir qui ne veut s'assouvir, qui refuse l'achèvement de l'accompli -une fin-. L'entreprise était risquée, et je ne prétends pas que tous les pièges aient été évités, mais j'en ai ressenti intensément le dynamisme. Je nous souhaite le non-repos et toutes ses aventures. Il y a eu, et il y aura des lecteurs pour les partager.
Mon salut au Larzac et la bise à vous tous !