J'aurais
préféré discuter de vive voix avec Denis
Guiot, mais je ne veux pas laisser sans réponse son billet
de Remparts. Voici donc, non l'analyse que Malgré
le monde mériterait et qui me demanderait un temps
dont je ne dispose pas pour l'instant, mais seulement quelques
souvenirs, remontant à décembre, de sa lecture.
(de tout cela, bien sûr, j'aurais aimé discuter avec
les amis de Remparts en juillet prochain, mais je ne serai
pas alors disponible. Peut-être quelques-uns auront-ils
le temps et l'envie de m'écrire ?)
Dès
le premier texte (pas la préface, que je n'aime guère),
j'ai été emportée par une émotion
à la fois forte et retenue, des images fondamentales, propres,
m'a-t-il semblé, à toucher chaque lecteur non prévenu,
par les angoisses, désirs, amours, déchirements
qu'elles éveillent ou réveillent, mais aussi (et
indissociablement) par la jouissance d'une forme tellement adéquate,
et non gratuite.
Puis
tout de suite, la surprise (le cadeau) de l'intertexte (on aurait
dû l'attendre, pourtant, car après tout, ces auteurs-là,
pour signer collectivement, ils avaient bien une vraie raison
!) du père Égée au roi Marc la même
voile, blanche ou noire, la même incertitude, nos labyrinthes
et nos monstres, le vacillement tellement actuel de nos catégories,
et le théâtre de nos doubles. D'un texte à
l'autre, nous sommes toujours "entre" quelque chose,
d'une chose à l'autre, dans le texte et dans son contexte
; l'intertexte est tissé fortement par l'ordre même
du recueil, mais fortuitement au puisque sans concession d'une
personnalité à l'autre, sans harmonisation artificielle
ni mimétisme : chaque parole, puissante, joue son rôle
dans la phrase, je veux dire le livre ; et j'avoue que, par ce
plaisir, je n'ai pas d'abord été tentée par
la devinette des attributions !
Que,
d'une manière ou d'une autre, chaque nouvelle touche l'essentiel
de l'acte d'écrire, de l'être-auteur, le dernier
texte le dit à l'évidence, de façon poignante.
Mais le parcours n'est pour autant monochrome (est-ce Toucouleur
qui me dicte l'image?) : nulle complaisance nihiliste ni déploration
! L'humour saignant, coupant, la dérision vitale, qu'elle
soit excessive ou légère, éclatent partout,
sans tuer la tendresse mais dérangeant les attentes...
(Tiens, à propos d'attente, il n'y a pas d'histoires là-dedans
? Quoi donc, sinon la nôtre ? Et non désincarnée
mais bel et bien inscrite dans de touchantes, ou drôles,
ou grinçantes fictions - Ça dit, et aussi... ça
raconte ! Mais je reprends le singulier de la première
personne, consciente de l'irréductibilité de certaines
lectures.)
Que, le livre depuis longtemps refermé, tant de "tons"
divers dansent encore en moi dit la réussite d'une rencontre
: ce "collectif" qui a écrit ce livre-là.
Je
ne faisais pas alors partie de Limite. Je rêve maintenant
d'autres travaux, à faire ensemble !
Je
n'espère pas avoir "démontré",
mais je souhaite avoir fait sentir mon émotion de lectrice,
loin de la prétendue froideur d'une école formaliste.
Malgré le monde a la profondeur et l'éclat
du noir, nullement non-couleur mais désir qui ne veut s'assouvir,
qui refuse l'achèvement de l'accompli -une fin-. L'entreprise
était risquée, et je ne prétends pas que
tous les pièges aient été évités,
mais j'en ai ressenti intensément le dynamisme. Je nous
souhaite le non-repos et toutes ses aventures. Il y a eu, et il
y aura des lecteurs pour les partager.
Mon
salut au Larzac et la bise à vous tous !