A.D.
: Dans cette optique, comment vous êtes-vous démarqué
de la politique éditoriale d'Elisabeth Gille ?
J.C.
: En réalité, je ne crois pas avoir eu beaucoup
d'efforts à fournir. Les auteurs eux-mêmes ont très
rapidement compris qu'ils étaient plus ou moins dans une
impasse.
A.D.
: Cependant, n'était-ce pas sous votre direction
que le groupe Limite a publié son recueil "Malgré
le Monde" ?
J.C.
: Précisément. Mais cela faisait partie de l'héritage
d'Elisabeth Gille. Elle avait initié toute une série
de projets que j'ai été tenu de concrétiser,
sans me faire tirer l'oreille d'ailleurs, car tous ces auteurs
étaient quand même des gens éminemment sympathiques
et talentueux. Le problème, c'est que le projet de Limite
n'a pas rencontré de succès commercial, et des auteurs
comme Jacques Barberi se sont bien rendu compte qu'ils devraient
reconsidérer leur position. Volodine, lui, a carrément
quitté la science-fiction. Ma position personnelle consistait
à retenir des textes qui, tout en ayant une ambition littéraire,
ne négligeaient pas l'histoire et renouaient avec le charme
de la littérature populaire. Mais l'influence d'Elisabeth
Gille a quand même duré deux ou trois ans. Cela dit,
je n'ai pas renié tous ses choix : elle avait déjà
publié John Varley, et acheté les premiers titres
des cyberpunks, une orientation que j'ai amplifiée parce
qu'elle me correspondait. Moi-même, j'ai parfois fait le
choix d'une SF un peu difficile, comme le fantasmatique "Entrefer"
de Iain Banks, qui a néanmoins bien marché. Petit
à petit, j'ai publié des auteurs plus populaires,
qu'ils soient anglo-saxons (dont Norman Spinrad et Robert Silverberg,
qui, curieusement, n'étaient pas au catalogue de PdF) ou
français. J'ai ainsi fait revenir Brussolo à Présence
du Futur. Barberi a continué à publier, jusqu'à
ce qu'il ait des ouvertures du côté de la télévision.
La même chose s'est passée pour Joël Houssin,
absent jusque-là de la collection, et dont les livres "Argentine"
et "Le Temps du twist" se sont bien vendus et
ont fait l'objet de diverses récompenses, par exemple le
Prix Apollo pour "Argentine".