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Jacques
Barbéri, Francis Berthelot, Lionel Evrard, Emmanuel Jouanne,
Frédéric Serva, Jean-Pierre Vernay et Antoine Volodine.
Vous
connaissez les uns et les autres : ils alignent en tout dix-neuf
ouvrages publiés. Des jeunes donc. Et qui, hardis, téméraires,
sans peur, écrivent, ensemble, des nouvelles et, sous le
nom de Limite, les éditent sous le titre : Malgré
le monde.
Un
manifeste ? A la lecteur de la dernière nouvelle du recueil,
Dernier repas cannibale, on est tenté de répondre
par l'affirmative. Un manifeste, alors, du désir d'écrire,
du besoin de coucher des mots sur le papier. Un manifeste du tout
changer : "Il ne faut pas vous y tromper. Il ne reste rien
ici à sauver. Rien de ce qui fut n'est à perpétuer.
Il faut casser la baraque. Ceindre le corps de nos amantes de
ronces acérées, nous repaître de verre pilé.
C'est à une destruction systématique de ce pauvre
moi, à une destructuration intégrale qu'il me faut
soumettre. Etre encore. Etre enfin. La régression
doit être mon crédo. L'involution, ma proie
"
Le space opéra de l'intérieur
Mais
où aller alors, que décrire, que vivre ? "Il
faut plonger, tête baissée, dans le vide. Choisir.
Cette friche qui nous attend. Cette jachère qui sommeille
en moi (
) Délices extrêmes, les molles émanations
qu'exhalent les crânes fendus par le doute. Car c'est bien
ce qu'il nous reste, ces relents. (
) Evacuer les ruines
à grand peine de mon crâne."
L'aventure
intérieure. Pas celle du monde tel qu'un Proust ou qu'un
Joyce se l'imagine. Non. Tel que mes fantasmes le font. Et le
défont. L'arrangent, l'ornent, le mettent en scène,
le colorent de mots, de phrases, d'anecdotes, d'histoires afin
d'en faire une, d'histoire. Ou de raconter toujours la même
: la sienne, celle qui vomit ses oripeaux les plus laids et les
plus beaux, celle qui crache et celle qui ensorcelle, celle qui
se peint la langue et le porte-plume : noir d'encre, bleu de Chine
ou vert émeraude, cela dépend des humeurs qui dégoulinent
de cette chose qui s'agite, là, sous ce qui me reste de
cheveux
Un
manifeste, alors ? Le space opéra du firmament intérieur,
la course aux étoiles cervicales, avec les merveilleux
animaux du jardin zoonirique, spectacle toujours recommencé,
suffit de fermer les yeux et de sonder derrière le kaléidoscope
qui défile sous les paupières closes ? On irait
jusqu'à le croire. Si, du moins, l'ironie n'était
pas toujours présente. Dans les mots, dans l'emphase même,
dans le clin d'il, dans le je vous ai bien eus qu'on sent
derrière chaque mot, chaque phrase, chaque nouvelle.
Une
nouvelle école, alors ? N'allons pas si loin. Voilà
déjà des écrivains qui se trouvent des ressemblances,
qui veulent traquer ensemble les bêtes qui leur dévorent
leur âme, c'est déjà pas si mal. Alors, d'autres
Limite ? Pourquoi pas ? Attendons.
Mais,
dites-moi, en fin de compte, ces quatorze nouvelles, là,
je ne peux pas les rater ? Vous manqueriez quelque chose ! Oui
mais, c'est juteux, c'est bon comme un os à ronger ? C'est
épicé comme un plat indien qui aurait oublié
qu'un Européen était à table, c'est lyrique
à en dégoûter de l'opéra, c'estpersonnel
mais il manquerait plus que çà, c'est inventif,
inattendu, remarquablement cuisiné, le mot juste, la phrase
domptée.
Mais
ça a aussi des défauts. C'est parfois un peu trop
cuit, la croûte est quelque fois un tantinet dure, qui donne
envie d'abandonner la suite, c'est tantôt fort poivré.
Bref, ça a le revers de la médaille dont s'orne
Limite : la cuisine pour la cuisine, la belle phrase pour la belle
phrase, les mots pour les mots, la fulgurance pour la fulgurance
Mais au service de quoi ? D'une idée, d'une histoire, d'une
réflexion ? On le cherche parfois au milieu d'un amas de
confessions arc-en-ciel.
Et
voilà pourquoi, des quatorze nouvelles, mes préférées
sont Le point de vue de la cafetière, Lei,
Les vérités perdues (je me lance : m'étonnerais
pas qu'elle soit de Volodine, celle-là), Donald Duck
chez les Hell's Angels et Prisons de papier. Et celles-là,
à mon avis, sont indispensables.
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