Comme
petit présent de Noël, certains auteurs Denoël,
ex-poulains d'Elisabeth Gille (à qui d'ailleurs cette anthologie
est dédiée) nous ont fait un beau paquet cadeau.
L'emballage est attrayant, avec sa signature collective et le
refus d'une signature individuelle des nouvelles. Tout excité,
le lecteur déballe l'objet... pour trouver un nouveau papier-cadeau,
et encore un autre, et un autre, quatorze en tout, rutilants,
lisses, brillant de toutes leurs perles et de tous leurs lamés,
mais dissimulant quoi ? Des joyaux froids superbement ciselés,
que le lecteur regarde sans pouvoir emporter, réduit à
la seule jouissance de ce petit jeu : "cherchez l'auteur".
Qu'est-ce
donc que Limite? La création d'un mouvement littéraire?
L'étiquette serait pratique si elle n'était récusée
par certains des acteurs du groupe. Limite est en tout cas un
ensemble d'individualités réunies par le désir
de faire sauter la fameuse barrière qui opposerait une
para-littérature à la littérature dite générale.
Périlleux
projet. Si l'on considère que la SF est avant tout une
littérature d'idées, force est de se demander :
le groupe Limite écrit-il encore de la SF ? Si cette nouvelle
géniale qu'est Le point de vue de la cafetière
s'y rattache avec une belle évidence, Dernier repas
cannibale, non moins admirable, s'en détache avec tout
autant d'évidence. Ultime nouvelle du recueil, elle lui
donne son point d'orgue, qui invite pour le moins à la
réflexion: "Reste ces avenues de mots vides, tirés
au cordeau. Le havre rhétorique (un port, bien sûr,
mais nul bateau dans la jetée). Encre chinée au
lavis."