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Passeport pour les étoiles
par Francis Valéry
Folio-SF n°30, septembre 2000, Éditions Gallimard.


(...) Courageux, il faut l'être pour publier Malgré le monde, oeuvre collective composée de textes dont les auteurs ne sont pas identifiés et qui repoussent allègrement les limites du genre. Le projet est de procéder à un dynamitage en règle des frontières entre la science-fiction et le reste de la littérature. Dès les années cinquante, des auteurs comme Michel Carrouges (Les Portes dauphines, 1954), André Hardellet (Le Seuil du jardin, 1958), Jacques Sternberg (L'Employé, 1958, Toi, ma nuit, 1965), Philippe Curval (La Forteresse de coton, 1967), avaient montré la voie - et des écrivains inclassables comme Pierrette Fleutiaux (La Forteresse, 1979) oeuvraient déjà dans ces directions.
Mais le mouvement Limite manque son coup. La critique non spécialisée feint de ne prêter aucune attention à Malgré le monde, un projet auquel elle ne comprend rien. Et le milieu de la science-fiction, désespérément petit, critique vertement l'ouvrage. Quinze ans après, il n'est pas rare de voir ce collectif encore bien sottement désigné comme responsable de la débâcle française dans la décennie qui suivra.
Une seconde anthologie est mise en chantier par Emmanuel Jouanne, élargie à de nouveaux auteurs... mais le mouvement Limite, avec la discrétion qui s'impose, opte pour l'autodissolution.
Limite est sans doute apparu dix ans trop tôt. Dans les années quatre-vingt, la science-fiction traîne une réputation de sous-littérature, contrairement au polar, considéré depuis longtemps comme une composante essentielle de la littérature contemporaine. Dans ce contexte, prétendre la rapprocher de la littérature générale a un prix : l'abandon de tout ce qui fait la spécificité du genre. En somme, une fusion par intégration, par absorption, par renoncement. Un prix à payer inacceptable.
Au sein de Limite évoluaient des personnalités marquées, venant d'horizons différents, n'ayant en commun que le talent et la volonté de pratiquer la littérature comme un choix de vie.
Certains de ses membres poursuivent des carrières fort honorables. Emmanuel Jouanne a commencé par publier des nouvelles aux Éditions de Minuit, puis est devenu l'un des auteurs les plus brillants de sa génération avec, en particulier, Nuage (1983). L'itinéraire d'Antoine Volodine apparaît inverse : après avoir publié quatre romans en Présence du futur, il part chez Minuit puis chez Gallimard. Venu des sciences "exactes", Francis Berthelot a fait un petit tour dans la science-fiction avec quelques romans splendides comme Rivage des Intouchables (1990), est passé par l'essai, a changé de spécialité au CNRS, pratique désormais une littérature sans étiquette. Jean-Pierre Vernay a publié de nombreuses nouvelles d'une relative orthodoxie - il fut peut-être le moins téméraire du groupe mais non le moins appréciable - avant de s'orienter vers le journalisme scientifique. En marge de Limite, Jacques Barbéri a développé une oeuvre extrêmement personnelle et parfaitement inclassable, avant de se reconvertir dans l'écriture de scénarios pour la télévision. (...)