HISTOIRE D'UNE
TETE
mathias de breyne
Situation
: une tête
Observation
: une tête esseulée
Remarque
: une tête esseulée qui fait des grimaces
Précision
: une tête esseulée qui fait des grimaces graves et cocasses
une
main sort de la bouche - tout comme une bestiole sort de son terrier - met
ses doigts dans le nez. y farfouille. gratouille. avec vie. avec joie. follement.
et avec sang-froid. une deuxième main s'échappe par le haut
du crâne. se promène autour de la tête. tel le vagabond.
intarissable. elle sautille comme ça. de bout à bout. autour
de la tête ronde. hop hop. seule elle ne peut jouer à saute mouton.
bon. les doigts d'une troisième main s'agrippent comme à une
paroi au haut du crâne déchiqueté. comme des petits bonhommes
qui guettent. il n'y a que les premières phalanges qui dépassent.
ils tapotent légèrement. frottent les cheveux. l'aire de dire
nous réfléchissons. il y a une décision à prendre
alors nous y pensons. soucieux. comme le tacatac des doigts sur la table le
temps de se décider. et de digérer. encore une main qui apparaît
et qui vient se placer au devant du front. paume grande ouverte pouce et index
à chaque extrémité pour soutenir la tête déjà
si lourde de toutes ces mains. une autre main - quelle grosse tête -
jaillit de l'orifice crânien créé par la deuxième
main. contrairement à la deuxième qui randonne nord-sud celle-ci
papillonne est-ouest. avec un phénomène extraordonaire. ces
deux mains-là ne se rentrent pas dedans. elles s'évitent. comment
? l'est-ouest fait deux arrêts par tour de tête. deux arrêts
identiques et bien mesurés. deux oreilles deux arrêts. les doits
de cette main s'acharnent sur les béances des deux ouï-dire auricularius.
et ça trifouille sec ici aussi. une main puis une autre et tant d'autres
déclament. Des bouches apparaissent dans les plis des mains. ça
jase de toute part. une main se positionne sous le menton. poing fermé.
à tour de rôle avec une autre qui tient le menton avec ses doigts.
souvenir d'enfance. tu me tiens je te tiens tu me butes je te bute. une autre
s'installe bien en face de la tête. prend son temps. semble étudier
la trajectoire. la question. les intempéries. et tout et tout. et paff.
série régulière de claques. ah ! c'que c'est beau à
voir bon sang. main grande ouverte et. quelles baffes ! et ça s'accumule.
une autre s'emploie à un massage crânien. la chanceuse. une autre
s'apaise les nerfs en tirant le plus fort possible sur les cheveux. une autre
tend bien la main comme le karatéka. prend ses repères à
l'arrière. écarte les cheveux rebelles. et c'est parti pour
le coup du lapin. sans arrêt. et sans cesse. une autre coiffe ce qu'il
reste de cheveux. une autre caresse quelque peu les rares endroits encore
accessibles pour un semblant de tendresse. une autre remplit un verre. une
autre ouvre la bouche. une autre rasade. toutes les trois bûchent à
tour de bras. la tête est soûl. le sang s'évacue par tous
les pores de la tête. les mains remplissent et réinjectent dans
la tête. une autre tire sur les joues. une autre tire les oreilles.
c'est comme à l'usine. les trois huit de la tête et des mains.
ça bosse dure. ce n'est plus une tête mais une ecchymose.